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Une perle trouvée l’autre jour dans le métro sur une affiche publicitaire pour une boutique de téléphonie :

Le Sony Ericsson Cybershot C905 100% REMBOURSE !!!

…Oui mais dans la limite de 100€.

Un peu comme si on vous offrait un repas All you can eat dans la limite de 30 grammes, ou un tour du monde dans la limite de 150 kilomètres.

Sous les papiers, la plage

Plage de la Barceloneta, Barcelone, EspagneBarcelone est une ville où j’ai trouvé plein d’idées en matière de texte dans la ville.

Un petit exemple capté sur la plage de la Barceloneta : cette bulle de BD dressée sur le sable, rappelant aux baigneurs qu’ils peuvent éventuellement jeter leurs papiers dans la poubelle et non par terre.

L’effort pour interpeller le passant en utilisant une représentation de la parole (la bulle de BD) me semble cent fois plus efficace qu’un habituel affichage administratif à base d’arrêté municipal et d’ Interdiction de déposer vos déchets sur le sol.

(suite…)

Les maisons des grands hommes

Ici vécut Goldoni

Dans Paris, j’aime beaucoup les plaques comme celle-ci, qui permettent de repérer les immeubles où ont vécu et où sont morts les grands hommes. Se retrouver sur les pas de Goldoni, Goethe, Henri IV ou Balzac…

Une sorte de texte en fragments dispersés qui couvre la ville et permet de la visiter le nez en l’air et la tête dans le passé.

Dommage que, probablement, cette tradition soit en train de se perdre sous le poids de l’augmentation impressionnante du nombre de célébrités.

Sera-t-elle un jour remplacée par une fonction "grands hommes" dans Google maps permettant d’ajouter cette couche d’informations à ses promenades en GPS ?

Un joyeux anniversaire à la fac de Vincennes St Denis

La faculté de Vincennes (aujourd’hui Paris 8, située à Saint Denis mais qui aime bien encore porter son vieux nom historique) fête en ce moment ses 40 années d’existence.

Une fac où l’idée de donner une note à un étudiant a longtemps été mal venue. Une fac “différente”, ou du moins qui se veut différente. Une fac dont l’identité gauchiste fait la fierté de ses profs et de ses étudiants, si l’on en croit les innombrables émissions et débats organisés sur France Culture à l’occasion de cet anniversaire.

Une fac dans laquelle j’enseigne la gestion de projet à des étudiants très sympas et très motivés, relativement indifférents à ladite identité et qui aimeraient surtout que ça fonctionne un peu mieux (l’affectation des salles et les procédures d’inscription, par exemple sont tellement aberrantes qu’il faut le voir pour le croire… et les premières victimes sont évidemment les étudiants).

Mais revenons à nos moutons : dans cette fac (comme dans les autres), on trouve de très beaux graffitis, qui semblent parfois venus du fond des âges… Ce “Vive le Maoïsme” me fascine : le graffiti a-t-il été commis par un véritable maoïste ? Non, les derniers maoïstes de Vincennes sont probablement plus proches de l’âge de la retraite que de celui de la licence. L’auteur de ce vibrant slogan, selon moi, est plutôt un étudiant dont le coeur est très à gauche et qui s’est laissé emporter par le plaisir graphique de tracer de son plus beau rouge cette faucille et ce marteau, et cette acclamation d’un autre âge.

Cela montre que parfois, le code visuel (typographie, couleurs, sigles, dessins, imagerie) qui porte un discours est l’élément le plus déterminant dans la séduction qu’il exerce. En effet, qui peut sérieusement penser que Mao, un vieux dictateur chauve oublié depuis longtemps, fait encore rêver un étudiant ?

Non, c’est bien plutôt la fraîcheur terrible et faussement naïve de ces images de propagande du Parti Communiste Chinois, ces formules poétiques et ciselées, ces travailleurs jeunes et dynamiques au regard tourné vers l’avenir, qui peuvent encore aujourd’hui faire rêver (ne pas oublier tout de même que derrière tout ça il y a des camps, il y a des centaines de milliers de morts, il y a la police politique, il y a les grandes purges, bref, pas seulement un Avenir Radieux aux sentiers parsemés de doux jasmin).

Oui, le texte est beaucoup, mais parfois, lorsqu’on le prive de ses enrichissements visuels, il perd tout impact.

J’admire également le “Non à Mao” ajouté par un étudiant moins artiste que le premier, et qui ajoute un charme certain au tableau : tout à coup, c’est comme si Mao redevenait un enjeu politique, comme si le “grand timonier” risquait de revenir parmi les vivants pour faire régner son ordre nouveau, comme s’il fallait être “pour” ou “contre” cette éventualité de science-fiction.

Ah ! Il n’y a que dans de vieilles universités qu’on peut se livrer à ces joutes délicieuses et inutiles. Longue vie à Paris 8 et à ses graffitis rafraîchissants !

Une carte bancaire dédiée aux femmes

Lorsqu’on se promène dans la ville à la recherche de textes, on trouve parfois des trésors. Comme cette carte bancaire “Affinity” dédiée aux femmes, inventée par la Bred.Rien à redire sur le texte et sa formulation. C’est clair, c’est simple, c’est direct : félicitations.

En revanche, sur le concept, on est aux confins du ridicule et du n’importe quoi… Une carte bancaire dédiée aux femmes ? Pour en savoir plus, j’ai été voir de quoi il retournait, sur le site de la BRED (http://www.bred.fr/content/particuliers/fiches-particuliers/moyens_de_paiement/bred-affinity)

  • Une carte au design novateur (un carré de plastique avec marqué dessus “Bred Affinity”… on rêve !)
  • Plus de services (c’est féminin, ça ?)
  • Des partenariats ciblés (Sephora, Viapresse, Fnac Musique

Au final, que retenir ? Que la carte dédiée aux femmes leur permet d’avoir 5% chez Sephora et d’obtenir le numéro de téléphone d’un plombier.

Ne jamais oublier : il ne suffit pas de rédiger un message clair, simple et efficace, il faut commencer par avoir quelque chose de pertinent à dire. On pourrait le dire d’une autre manière : bien souvent, il est préférable de se taire.

Dans mes cours de gestion de projet à la fac, l’une des premières choses que je dis à mes étudiants est : lorsqu’un projet apparaît dans votre ligne de mire, votre premier réflexe devrait être de penser : “Non, je ne veux pas que ce projet voie le jour”. Pas pour flinguer systématiquement les idées nouvelles, mais pour se forcer, un peu à la manière des “Thinking Hats” de de Bono, à trouver le plus rapidement possible les failles du projet. J’aime à penser que si un de mes étudiants avait travaillé à la Bred, la carte Affinity n’aurait jamais vu le jour.

Je m’étonne toujours que dans ces cas-là, il ne se trouve personne pour dire ” Eh oh, les gars, on est en train de faire un truc ridicule”… Le conformisme, l’ennui, le manque de compétences, l’imbécillité de certains dédideurs, parfois tous les ingrédients se mettent en place pour aboutir à une telle catastrophe.

Je suppose que beaucoup d’entre nous ont déjà connu ça : passer des mois sur un projet mal réfléchi, avant de se rendre compte du ridicule de la situation. L’exemple qui me vient en tête est la rédaction de Club-Internet, qui s’est engouffrée pendant des mois et des mois en 1996 sur un projet de “portail personnalisé” au moyens d’un outil coûteux, complexe et pas au point (Broadvision, pour ne pas le nommer). Un projet “marketing” inepte et sans intérêt qui a fini par s’ensabler… mais un projet contre lequel toute critique était vécue comme une attaque personnelle. Personnellement, c’est à ce moment-là que j’ai eu la chance de pouvoir m’envoler vers d’autres horizons et rejoindre Réservoir-Prod.

Je dédie cette photo “Bred Affinity” à tous ceux qui ont eu à travailler sur des projets absurdes, coûteux et vides de sens, et à mes étudiants, à qui je souhaite de tout coeur d’éviter les jobs dont la principale utilité est de produire du néant.

Et je souhaite à la Bred plein de succès avec ses autres projets. Toutes les organisations produisent ce genre de “machin”, ce n’est pas très grave.