La faculté de Vincennes (aujourd’hui Paris 8, située à Saint Denis mais qui aime bien encore porter son vieux nom historique) fête en ce moment ses 40 années d’existence.

Une fac où l’idée de donner une note à un étudiant a longtemps été mal venue. Une fac “différente”, ou du moins qui se veut différente. Une fac dont l’identité gauchiste fait la fierté de ses profs et de ses étudiants, si l’on en croit les innombrables émissions et débats organisés sur France Culture à l’occasion de cet anniversaire.

Une fac dans laquelle j’enseigne la gestion de projet à des étudiants très sympas et très motivés, relativement indifférents à ladite identité et qui aimeraient surtout que ça fonctionne un peu mieux (l’affectation des salles et les procédures d’inscription, par exemple sont tellement aberrantes qu’il faut le voir pour le croire… et les premières victimes sont évidemment les étudiants).

Mais revenons à nos moutons : dans cette fac (comme dans les autres), on trouve de très beaux graffitis, qui semblent parfois venus du fond des âges… Ce “Vive le Maoïsme” me fascine : le graffiti a-t-il été commis par un véritable maoïste ? Non, les derniers maoïstes de Vincennes sont probablement plus proches de l’âge de la retraite que de celui de la licence. L’auteur de ce vibrant slogan, selon moi, est plutôt un étudiant dont le coeur est très à gauche et qui s’est laissé emporter par le plaisir graphique de tracer de son plus beau rouge cette faucille et ce marteau, et cette acclamation d’un autre âge.

Cela montre que parfois, le code visuel (typographie, couleurs, sigles, dessins, imagerie) qui porte un discours est l’élément le plus déterminant dans la séduction qu’il exerce. En effet, qui peut sérieusement penser que Mao, un vieux dictateur chauve oublié depuis longtemps, fait encore rêver un étudiant ?

Non, c’est bien plutôt la fraîcheur terrible et faussement naïve de ces images de propagande du Parti Communiste Chinois, ces formules poétiques et ciselées, ces travailleurs jeunes et dynamiques au regard tourné vers l’avenir, qui peuvent encore aujourd’hui faire rêver (ne pas oublier tout de même que derrière tout ça il y a des camps, il y a des centaines de milliers de morts, il y a la police politique, il y a les grandes purges, bref, pas seulement un Avenir Radieux aux sentiers parsemés de doux jasmin).

Oui, le texte est beaucoup, mais parfois, lorsqu’on le prive de ses enrichissements visuels, il perd tout impact.

J’admire également le “Non à Mao” ajouté par un étudiant moins artiste que le premier, et qui ajoute un charme certain au tableau : tout à coup, c’est comme si Mao redevenait un enjeu politique, comme si le “grand timonier” risquait de revenir parmi les vivants pour faire régner son ordre nouveau, comme s’il fallait être “pour” ou “contre” cette éventualité de science-fiction.

Ah ! Il n’y a que dans de vieilles universités qu’on peut se livrer à ces joutes délicieuses et inutiles. Longue vie à Paris 8 et à ses graffitis rafraîchissants !